Nimes se souvient, 70 ans après, des exécutions de Vincent Faïta et Jean Robert

Publié le par Le Souvenir Français - Délégation Gardoise

René Faïta, frère de Vincent consulte avec émotion les photos de son frère guillotiné.

Les deux résistants nîmois avaient été guillotinés le 22 avril 1943.

Demain 22 avril,  comme chaque année, une cérémonie d’hommage sera organisée à la mémoire de deux résistants communistes, Jean Robert, 25 ans, et Vincent Faïta, 24 ans, guillotinés le 22 avril 1943. Et comme chaque année, René Faïta sera présent parmi la foule, discrètement, et revivra ce funeste jour. "C’est une journée difficile à passer", souffle-t-il, la voix nouée par l’émotion. Soixante-dix ans plus tard, le chagrin est intact. René avait 14 ans quand son père, un Italien qui avait fui le régime de Mussolini, lui a annoncé un matin que son frère avait été décapité. "Parfois, je lui en veux de s’être fait tuer. On se demande pourquoi et si ça valait la peine", confie l’octogénaire.

"On n’oublie pas, on ne pardonne pas, on ne peut pas"

Vinicio, comme l’appelle René, était "rigoureux de caractère", travaillait comme ajusteur mécanique, aimait les excursions en plein air et l’opéra. Il était surtout "un résistant très engagé et convaincu", qui préparait déjà des colis en 1936 pour les républicains espagnols et lançait des appels aux dons. Dans la fratrie Faïta, composée de trois garçons et deux filles, chacun des enfants a résisté à sa façon. Les benjamins, René et Jeanine, dont la jeunesse innocente servait de couverture, distribuaient des tracts dans les rues de Marseille où vivait la famille. Quand Vinicio a été arrêté avec Jean Robert et quatre autres francs-tireurs et partisans du Midi (FTP), il vivait clandestinement. Robert et Faïta ont été condamnés à mort pour faits de terrorisme et guillotinés, dans la cour de la maison d’arrêt de Nîmes le 22 avril 1943. Vinicio avait entonné l’hymne national français en se rendant à l’échafaud, comme son compagnon d’infortune qui l’avait précédé, avant de s’écrier “Vive le Parti communiste français !”

Les parents Faïta ont demandé la naturalisation

Et comme pour prolonger ce patriotisme, pour revendiquer leur attachement à ce pays qui leur avait pourtant ravi leur fils, les parents Faïta ont demandé leur naturalisation. Puis la famille s’est murée dans le silence. René Faïta raconte difficilement ces événements douloureux, regrettant que les livres d’Histoire se penchent si peu sur les Français qui ont collaboré et condamné à mort des compatriotes. "Je n’ai jamais vu d’Allemands, uniquement la milice française...Quels salauds ! Il n’y en a pas un qui est venu s’excuser, nous dire qu’il avait fait une erreur. De toute façon, ça n’aurait servi à rien. On n’oublie pas, on ne pardonne pas, on ne peut pas", lâche-t-il.

Un hommage sera rendu à Jean Robert et Vincent Faïta, exécutés il y a 70 ans, demain à 18 heures devant le palais de justice. Puis, une rencontre à la mémoire de leur avocat, le bâtonnier Charles Bedos, déporté pour les avoir défendus, sera organisée à partir de 19 heures à l’hôtel Atria.

Alix Bedos : veuve du bâtonnier Charles Bedos avocat déporté

 

 

Depuis 2008, votre défunt mari est associé à l’hommage rendu à Vincent Faïta et Jean Robert. Pourquoi cet hommage tardif ?

Quand Charles est rentré de Mathausen (Autriche, NDLR), on lui a demandé de raconter la vie au camp. Il a écrit le discours qu’il a prononcé aux arènes le 1er septembre 1943, devant 20000 personnes. Il était encore dans cette vie-là, puis il s’est tu. Il n’a pas eu le courage ensuite de parler de ce qu’il avait vu et souffert.

Quelle résonance peut avoir cette cérémonie sur les jeunes générations, 70 ans après les faits ?

Il y a un devoir de mémoire pour les jeunes. Cette époque sombre, d’horreurs, de délation et de méfiance, n’est pas racontée dans les livres d’Histoire. On se contente de dire que c’était la guerre et que la France était occupée par lesAllemands. Je suis toujours très touchée par le souvenir que le Parti communiste conserve à mon mari, leur vénération à son égard est excessivement touchante.


En avez-vous voulu à la milice française qui a déporté votre mari pour avoir défendu des résistants communistes ?

J’étais trop heureuse de retrouver mon mari pour en vouloir à qui que ce soit ! Les défendre était naturel pour lui, sa profession était une vocation. C’était une époque particulière, les circonstances ont fait que nous étions de ce côté-ci et que nous partagions un grand idéal, sauver la France.

 

MURIELLE KASPRZAK

Midilibre.com

Publié dans Comité de Nîmes

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